Comment fonctionne Ethnopoly?

Comment fonctionne Ethnopoly

Est-ce que l’intégration peut se faire dans le cadre du divertissement ?
Oui, Ethnopoly en donne la preuve ! La commune ou le quartier entier deviennent un plateau de jeu type « Monopoly » mais au lieu de visiter « Lausanne Place St. François » on entre l’appartement de Madame Di Pietro, Monsieur Sissoko, ou la famille Müller.
Les jeunes voyagent pendant toute une journée dans leurs communes et rendent visite à des habitants issus de différents pays du monde. Ainsi, ils apprennent à mieux connaître leurs « voisins », pas seulement leurs histoires personnelles et leurs origines, mais aussi leur perception de leur nouveau pays, la Suisse. Dans chaque édition du jeu des points peuvent être gagnés ou perdus, il est donc important de pouvoir se déplacer facilement avec l’aide de la carte du quartier et d’accomplir différentes épreuves.
A la fin de la journée, c’est l’heure de vérité: qui a pu collectionner le plus de points ?
Mais un aspect est plus important que la victoire: les beaux souvenirs qui resteront dans le cœur de tous les participants. Ces émotions pourraient établir la base d’un dialogue constructif dans le futur!

 

Le concept pédagogique d’Ethnopoly

En tant que jeu, Ethnopoly se base sur le concept pédagogique de l’éducation informelle : on crée dans un cadre particulier et ludique les conditions d’un apprentissage personnel plein d’évènements.
La migration, l’intégration et même la pluralité culturelle peuvent être des concepts perçus de manière négative. La violence, le racisme et la criminalité apparaissent comme des thématiques associées qui sont présentes dans les médias. De ce fait, Ethnopoly prend consciemment ses distances avec des méthodes pédagogiques qui peuvent montrent du doigt. Le jeu Ethnopoly mise sur les émotions, les images positives et les rencontres personnelles. De cette façon, on peut garder pendant longtemps un bon souvenir des expériences vécues. Ainsi, les valeurs telles que la tolérance, le respect, l’ouverture et la confiance deviennent plus concrets. Mais, il ne s’agit pas d’ignorer les vrais défis et les problèmes de la vie en commun. La coexistence paisible de diverses cultures est un grand défi et elle a besoin des efforts conjugués et des concessions de tous les acteurs. L’intégration est un dialogue dans lequel les règles et les valeurs doivent être discutées et négociées. Cela n’est possible que lorsque les personnes concernées parviennent à communiquer. Les rencontres qui ont lieu pendant Ethnopoly réunissent les conditions pour ce dialogue.

Tout d’abord, Ethnopoly ne prétend pas être un transfert de savoir. C’est pour cela que les rencontres prévues sont courtes (20 à 30 minutes) et restent superficielles. Il s’agit surtout de faire vivre aux participants la pluralité et ainsi d’encourager une certaine prise de conscience des différents modèles d’intégration. En visitant les personnes dans leurs chez-eux, on se rend également compte des différences entre la culture étrangère, telle qu’elle est vécue dans le pays d’origine et ses adaptations en Suisse. Ainsi, on comprend mieux que le comportement des personnes n’a pas seulement une base culturelle, mais qu’il est aussi le fruit d’un rapiéçage issu de différentes formes de compromis et des combinaisons d’éléments les plus variés.

Le procédé positif d’Ethnopoly qui est orienté vers les ressources s’exprime dans le jeu a travers le leitmotiv suivant : « Ethnopoly – relie les cultures dans la joie et le jeu! »

 

Les règles du jeu

Le concept d’Ethnopoly est très flexible et s’adapte très bien à plusieurs contextes. C’est pour cela que les règles varient selon les éditions. Les exemples suivants montrent l’envergure atteinte par le jeu à jusqu’à nos jours. De nouveaux changements des règles du jeu sont possibles et sont d’ailleurs souhaités; Ethnopoly se veut adaptable aux différents contextes.

Exemple 1: Jeu avec actions d'intégration

Le projet à Schauffhouse 2004 a été lancé par le groupe de travail du quartier Birch et les organisateurs du projet « Impulstage gegen Gewalt und Rassismus ».

A Schaffhouse, ce sont les jeunes participants qui ont été directement mobilisés pour le projet et pas les institutions. Cela dit, le projet s’est organisé en collaboration avec les grandes organisations des jeunes Cevi/Pfadi, des communautés d’églises, des centres de quartiers et des écoles qui, a leur tour, ont fait campagne auprès des jeunes.

Dans l’ensemble, 150 enfants et adolescents ont participé au projet Ethnopoly de Schaffhouse. Près de la moitié des participants avait moins de 12 ans.  Ceux-ci étaient accompagnés par des adultes.

Il y avait, à côté des visites de postes, des activités appelées « épreuves libres » : dès le poste de départ, les groupes pouvaient résoudre de petites épreuves ayant un rapport avec le thème de l’intégration et de la culture et ainsi collecter plus de points.

Les règles du jeu se basaient fortement sur celles du jeu célèbre « Monopoly » , auquel Ethnopoly doit aussi en partie son nom. Comme les maisons et les hôtels du damier, les groupes pouvaient décider au niveau de chaque poste, s’ils voulaient acquérir des « actions » d’un poste. Les autres groupes qui visitaient plus tard les mêmes postes, devaient accorder au premier une location sous forme de monnaie de jeu « ethnos ». Le gagnant fut celui qui avait accumulé la plus grosse somme d’ « ethnos » à la fin du jeu.

 
Exemple 2: Collaboration avec les écoles

Dans le cadre du lancement d’Ethnopoly se sont rassemblés plus de 500 élèves entre 13 et 16 ans à la place fédérale où ils ont été regroupés en groupes de 4. Ils ont reçus des billets de transports public valables toute la journée, un plan de la ville et une liste d’environ 70 postes sur laquelle ils pouvaient choisir librement le poste qu’ils voulaient visiter.

La visite de chaque poste était récompensée par une assiette de prime sous forme de points. Avec l’aide des dés lors des visites, les groupes pouvaient acquérir des points supplémentaires. Tout le jeu a été coordonné par une centrale téléphonique : à la fin de chaque visite les groupes devaient appeler une des 12 lignes de téléphone. Ainsi les visites ont été enregistrées dans un logiciel spécialement conçu pour Ethnopoly et le nombre de points était automatiquement calculé. Dans les semaines suivant le jeu, une équipe d’Ethnopoly a visité chaque classe participante au jeu et a dispensé 3 périodes de cours sur le thème de l’intégration. Les points rassemblés lors du jeu par les membres de la classe étaient convertis en argent réel. Les classes pouvaient  avec l’aide de cet argent réaliser de petits projets d’intégration qui ont été planifiés pendant les leçons avec les équipes d’Ethnopoly.

 
Exemple 3: Ancrage dans le quartier

Ethnopoly Plan-les-ouates 2009 : organisation dans le quartier par une classe de 10ème.

Le projet Ethnopoly de Plan-les-Ouates (agglomération de Genève) fut planifié et réalisé par les élèves d’une classe de 10ème année. Le jeu en lui-même était un travail de projet dans lequel en plus de l’organisation d’autres tâches – comme la documentation à travers un film et la conception d’affiches publicitaires – devaient êtres réalisées.

En plus de la classe qui était responsable du projet, d’autres organisations et institutions de Plan-les-Ouates étaient impliquées depuis le début. L’extraordinaire ancrage local a donné au projet un aspect particulier. Cela s’est répercuté aussi sur le budget dont la commune a pris une grande partie en charge.

Au jour du lancement, se sont réunis environ 250 élèves âgés de 9 à 11 ans dans la cour de l’école.
Ils furent répartis en groupes de 6 et accompagnés par une personne adulte. Le jeu s’est déroulé essentiellement dans le quartier  autour de l’école. Ainsi, tous les postes pouvaient être visités à pied. Contrairement à d’autres projets, les élèves avaient un parcours pré-établi chez les familles à visiter et il n’y avait pas de points à gagner.

Le jour du jeu fut couronné par une grande fête de quartier avec différentes prestations culturelles et des spécialités culinaires de toute sorte.